Télédiffusion de France ou les enseignements de la crise ignorés !
En ce début d’été, le dossier de l’entreprise TDF est particulièrement significatif du peu de cohérence entre l’annonce d’une nécessaire régulation de l’économie permettant le développement de véritables projets industriels et la volonté de faire des bénéfices à court terme, destructrice d’emplois, de compétences et de valeurs. La CFDT de TDF, organisation syndicale la plus représentative dans l’entreprise, a interpellé dans une lettre ouverte les pouvoirs publics sur l’avenir de l’activité de diffusion dans notre pays, la place de l’opérateur et le devenir des emplois et métiers qui y sont liés. Des extraits de la lettre de la CFDT TDF livrée ci-dessous, valent mieux que de grandes démonstrations.
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« Issue de l’ORTF, TDF principale diffuseur de télévision en France est aujourd’hui une société privée détenue en grande partie par des fonds LBO à capitaux essentiellement américains (Texas Pacific Group 42 % des parts), la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations) détient néanmoins 24 % des parts. Les actionnaires, dans une perspective de valorisation à court terme ont commandité un audit dont les conclusions sont la nécessité d’un dégraissage d’un quart des effectifs d’ici 18 mois (550 emplois qui représentent 41 M€ d’économie !). La CFDT dénonce l’absence de vision industrielle et la logique de court terme uniquement financière privilégiée par l’actuelle gouvernance. Ce manque de perspective industrielle du plan proposé par la direction compromet l’avenir même de cette entreprise à caractère hautement stratégique et conduira inévitablement à une importante dégradation de qualité dans la diffusion de la radio et de la télévision en France, mais aussi dans les transmissions de l’armée, de la gendarmerie, de la sécurité civile, des pompiers et de la téléphonie mobile. TDF est une entreprise performante ayant su créer en France un des meilleurs réseaux hertziens au monde pour la radio et la télévision. Depuis 2001, TDF a amélioré sa productivité, mais a aussi souffert d’une gestion à courte vue, où l’on a préféré une rentabilité immédiate et supprimé la recherche et le développement. Le deuxième LBO a été catastrophique, en endettant lourdement l’entreprise pour poursuivre une utopique croissance à 2 chiffres. Aujourd’hui, cette bulle éclate et l’on se rend compte qu’une belle entreprise comme TDF, à très fort potentiel technique et à caractère hautement stratégique, perd peu à peu son savoir faire à travers des licenciements continus de personnels proches de l’âge de la retraite. Ces montages LBO spolient tout à la fois l'Etat (l’entreprise ne paye pas d’impôts) et les salariés. Même si TDF et ses salariés n’ont en rien démérité, la croissance irréaliste demandée par les actionnaires pour rembourser les prêts liés au second LBO n’est évidemment pas au rendez-vous. Les marges n’ont cessé de baisser et l’on peut dire qu’aujourd’hui TDF offre le meilleur rapport qualité prix sur le marché de la diffusion. La concurrence est sévère et les clients en difficulté en raison de la baisse du marché publicitaire ou en raison de leur restructuration (radio et TV publique) font pression pour que les prix baissent. Ils ne se rendent pas compte qu’à ce jeu-là, ils vont à terme payer beaucoup plus cher pour une qualité de service nettement moins bonne. Les entreprises de hautes technologies ont besoin d’investissements de long terme pour conduire les réussites pérennes de l’avenir. Cette nécessaire régulation de l’économie pour conduire des projets industriels se concilie mal avec les logiques de court terme liées au LBO et conduisant à des gestions basées uniquement sur des paramètres financiers. Il n’est pas concevable qu’à l’ère du tout numérique, la France échoue dans ce domaine et la qualité des réseaux français de radiodiffusion s’en trouve affectée parce que des actionnaires cupides et une direction inopérante mènent des politiques destructrices d’emplois, donc de compétences et de valeurs. » |
Décidément, les leçons de la crise peinent à être retenues par certains décideurs et autres financiers.